
Rembrandt à Leyde · 1626
Jésus chassant les marchands du Temple
Une scène verticale, compacte et presque explosive : à vingt ans, Rembrandt apprend à faire circuler un récit biblique par les bras, les regards et la peur.
Réponse courte
Une œuvre de jeunesse déjà obsédée par l’action
Jésus chassant les marchands du Temple est peint en 1626, pendant la période de Leyde. Rembrandt vient d’achever sa formation et cherche encore sa manière. Il serre l’épisode dans un petit panneau vertical : le Christ domine la cohue, lève son fouet et déclenche une cascade de réactions.
La peinture n’a pas encore la souplesse atmosphérique des grands tableaux d’Amsterdam. Les contours sont plus fermes, les couleurs plus séparées et les expressions volontiers appuyées. Mais l’essentiel est déjà là : raconter par la lumière, opposer les gestes et transformer un groupe en événement.
Le récit évangélique
Purifier le Temple, sans peindre un discours
Les quatre Évangiles racontent l’expulsion des vendeurs et des changeurs. Jean place l’épisode au début du ministère public, les Évangiles synoptiques près de la Passion. Rembrandt ne cherche pas à arbitrer cette chronologie : il choisit l’instant physique où l’autorité du Christ devient visible.
Le geste part
Le bras levé et le fouet dessinent l’impulsion initiale.
Les corps reculent
Chaque figure répond différemment : peur, protection, fuite ou stupeur.
Les objets tombent
Sacs, monnaie et accessoires déplacent le récit vers le sol.
La foule se compacte
L’espace devient presque trop étroit pour contenir l’action.
Zoom 1
Le bras du Christ commande toute la composition
Rembrandt ne place pas Jésus dans un halo calme. Le Christ est pris dans la mêlée, mais son bras forme l’unique grand arc au sommet du panneau. Cette courbe agit comme un signal : elle indique l’origine de la violence et l’orientation de la fuite.

Geste · regard · pression
Une autorité construite par contraste
Le fouet n’est pas un accessoire isolé : sa courbe prolonge l’épaule et donne une direction à la scène.
Le visage reste concentré tandis que les marchands grimacent. L’opposition donne au Christ le contrôle du tumulte.
Le manteau rouge violacé crée une masse stable au milieu des étoffes plus froides et brunes.
Le cadre serré coupe presque l’élan du bras : l’énergie paraît continuer au-delà du panneau.
Zoom 2
Une chaîne de visages au lieu d’une foule anonyme
Le jeune Rembrandt affectionne les têtes très caractérisées. Ici, chaque bouche, chaque front et chaque main fournit une réponse particulière à la menace. Le spectateur lit l’événement comme une succession rapide de réactions.

De haut en bas
La peur descend vers l’argent
Au sommet, un homme protège sa tête ; au centre, un autre agrippe son sac ; plus bas, les visages s’orientent vers la sortie ou vers les pièces. Cette organisation verticale est essentielle : elle transforme le petit format en mouvement continu.
Les mains jouent presque autant que les visages. Elles retiennent, repoussent, couvrent et ramassent. Rembrandt privilégie la lisibilité dramatique, quitte à exagérer certaines attitudes.
L’atelier de Leyde
1625–1626 : apprendre à peindre l’histoire
Après un bref passage chez Pieter Lastman à Amsterdam, Rembrandt revient à Leyde. Lastman lui a transmis le goût du récit dense, des costumes variés et des gestes explicites. En quelques années, le jeune peintre expérimente sans cesse : petit format, grand groupe, sujet biblique ou allégorie.

1625 · Musée des Beaux-Arts de Lyon
La Lapidation de saint Étienne
Un autre groupe comprimé, mais disposé en profondeur. Rembrandt y teste déjà la multiplicité des réactions et se glisse dans la foule par un autoportrait.
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1626 · Musée Cognacq-Jay
L’Ânesse du prophète Balaam
Les gestes deviennent plus lisibles et les couleurs plus franches. Comme dans le Temple, l’animal et les figures convertissent un texte biblique en confrontation immédiate.
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1626 · Museum De Lakenhal
Scène historique
Le format s’élargit et le groupe s’organise autour d’une autorité centrale. L’œuvre, dont le sujet demeure discuté, montre l’ambition du jeune Rembrandt comme peintre d’histoire.

1626 · Rijksmuseum / prêt à De Lakenhal
Compagnie musicale
Dans un registre plus calme, Rembrandt distribue déjà les regards, les étoffes et les objets comme les unités d’un récit. Le clair-obscur reste précis, encore loin des brumes tardives.
Lecture formelle
Pourquoi la scène paraît-elle si rapide ?
La vitesse ne vient pas d’un flou. Elle naît au contraire de formes très nettes, orientées dans plusieurs directions et placées à faible distance les unes des autres.
| Élément | Ce que l’on voit | Effet produit |
|---|---|---|
| Format vertical | Les corps s’empilent de haut en bas. | La foule semble tomber dans le premier plan. |
| Bras et bâton | Une grande courbe domine les petites obliques. | Le regard identifie immédiatement la cause de l’action. |
| Visages rapprochés | Les têtes forment une chaîne irrégulière. | La réaction collective devient une série d’histoires individuelles. |
| Clair-obscur dur | Des zones éclairées touchent des ombres compactes. | Les volumes se heurtent au lieu de se fondre. |
| Premier plan encombré | Bras, vêtements et objets ferment la sortie. | Le spectateur se sent entraîné dans la cohue. |
Un sujet, trois solutions
Comparer la violence du mouvement
Rembrandt reprend lui-même le thème en 1635 dans une eau-forte beaucoup plus ouverte. El Greco étire les corps et l’architecture ; Castiglione orchestre une grande scène baroque. Le petit panneau de 1626 reste le plus compact.

Rembrandt · 1635
Déployer l’espace
Neuf ans plus tard, l’eau-forte installe le tumulte sous de grandes voûtes et multiplie animaux, tables et spectateurs.

El Greco
Élongation
Les figures sont étirées et la couleur distribue le drame dans un espace plus ouvert.
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Castiglione
Déploiement baroque
L’épisode devient une vaste mêlée théâtrale, animée par les animaux et la matière.
Voir la reproduction →Matière et lumière
Une peinture encore ferme, mais déjà expressive
La lumière ne remplit pas uniformément le Temple. Elle accroche les fronts, les turbans, les mains et le vêtement du Christ. Les ombres restent denses et les transitions relativement abruptes. Le modelé ne possède pas encore la respiration des œuvres de maturité, mais il sert parfaitement l’urgence de l’épisode.
La palette associe bruns chauds, rouge assourdi, blanc cassé et bleu-gris. Les accents clairs sont rares : parce qu’ils sont rares, ils deviennent des repères. L’œil passe du bras levé au turban, puis aux visages et aux mains du premier plan.
Le panneau conserve aussi le caractère expérimental d’une œuvre d’apprentissage. Il faut le regarder sans demander au peintre de vingt ans la même souplesse qu’au maître de La Ronde de nuit. Son intérêt est ailleurs : dans la naissance d’une méthode narrative fondée sur la réaction humaine.
Dans la boutique
Retrouver cette œuvre et la collection Rembrandt
La verticalité du tableau convient à un mur étroit, une entrée ou une composition avec plusieurs petits formats. La scène gagne à être vue d’assez près : les expressions et les mains en sont le véritable moteur.
Questions fréquentes
À retenir
Les réponses essentielles sur la date, le lieu, la technique et le sens de l’œuvre.
Quand Rembrandt a-t-il peint cette œuvre ?
Elle est datée de 1626, pendant la période de Leyde, alors que Rembrandt a environ vingt ans.
Où se trouve le tableau ?
Il est conservé au Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, à Moscou.
Quelles sont ses dimensions ?
Le panneau mesure environ 43,1 × 32 cm. Sa taille modeste renforce l’impression de proximité.
Quelle technique Rembrandt utilise-t-il ?
Il s’agit d’une huile sur panneau, support fréquent dans ses premières années.
Pourquoi Jésus chasse-t-il les marchands ?
Le récit évangélique présente le geste comme une purification du Temple, transformé en lieu de commerce.
Pourquoi le tableau paraît-il si mouvementé ?
Le bras levé, les obliques opposées, les visages serrés et la descente des corps vers le premier plan produisent une action continue.
Voit-on déjà le style du Rembrandt mature ?
On reconnaît son intérêt pour le clair-obscur et l’émotion, mais la matière et les contours sont encore plus fermes que dans ses œuvres tardives.
Existe-t-il une gravure de Rembrandt sur ce sujet ?
Oui. Rembrandt reprend l’expulsion des marchands dans une eau-forte de 1635, avec une composition distincte.
Sources principales : Musée Pouchkine, fiche et corpus de l’œuvre ; Museum De Lakenhal, pages consacrées au jeune Rembrandt et à la Compagnie musicale ; Rijksmuseum, notice de la Compagnie musicale ; National Gallery of Art et Art Institute of Chicago, notices de l’eau-forte de 1635 ; Évangiles selon Matthieu 21, Marc 11, Luc 19 et Jean 2.
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